Critique Littéraire

Le Dr Susan Brown améliore les outils numériques en vue de tirer pleinement parti de la puissance des ordinateurs pour effectuer des travaux de recherche essentiels dans les domaines de la littérature et de l’histoire.

Anglais

PORTRAIT SUSAN BROWN-1

Dr. Susan Brown

Professeure, College of the Arts, Université de Guelph
Membre, Conseil consultatif de la recherche, Calcul Canada
Présidente (anglais), Société canadienne des humanités numériques/Canadian Society for Digital Humanities

Secteur de recherche
Mme Brown est historienne de la littérature. Elle se spécialise dans l’époque victorienne, les écrits des femmes, la théorie féministe et les humanités numériques. Ses travaux se situent au confluent de plusieurs domaines, dont la critique littéraire, l’histoire culturelle, le codage numérique des documents, l’analyse de textes assistée par ordinateur, les interfaces de visualisation, l’exploration en profondeur de données et le calcul informatique de pointe.

Pertinence de la recherche
Une des grandes entreprises scientifiques de Mme Brown est le projet Orlando, expérience qui intègre texte et technologie. Ce projet coopératif et multidisciplinaire rassemble des chercheurs en littérature, des humanistes numériques et des informaticiens. Il a permis la conception d’outils numériques qu’on continue de perfectionner et qui mettent la puissance des ordinateurs au service de la critique littéraire et de la recherche historique. Les revues savantes estiment que ce projet établira une nouvelle norme autant dans son domaine de recherche qu’en tant que production numérique.

Je présume que la plupart des Canadiens seraient bien en peine d’expliquer ce que sont « humanités numériques ». Cela ne se résume pas à numériser des archives, j’imagine.
La majorité des connaissances acquises par l’humanité au fil des siècles et des millénaires demeure sous forme écrite, voire manuscrite. Il est vrai que les humanités numériques insistent considérablement pour concourir à la numérisation de ces œuvres, en vue de les rendre plus accessibles. Cependant, l’avènement de puissantes technologies comme le calcul informatique de pointe, l’exploration en profondeur des données, la visualisation et l’analyse de texte assistée par ordinateur multiplie les moyens nous permettant d’étudier cette histoire et de découvrir des choses qu’on ignorait. Beaucoup des idées ou des concepts actuels reposent sur un échantillonnage restreint des données historiques. Cela nous incite aussi à réfléchir davantage aux liens qui existent entre les médias et la façon dont le savoir est créé, diffusé et préservé.

Sur quoi se concentrent vos recherches actuellement?
Un nouveau projet de collaboration, piloté par Andrew Piper, de l’Université McGill, en partenariat avec Calcul Canada et financé par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), porte sur l’exploration en profondeur du roman. Nous recourrons à des ordinateurs pour examiner des dizaines de milliers de romans et de textes connexes afin d’étudier sous un nouvel angle les liens entre la culture et la société. J’ai aussi reçu de l’aide de SHARCNET pour le projet Orlando, un historique en ligne des écrits féminins dans les îles britanniques. On y trouve de l’information sur des milliers d’auteures et les gens qu’elles côtoyaient, dans leur vie tant privée que professionnelle. L’historique est diffusé en ligne par Cambridge University Press depuis 2006 et en raison de son format numérique, nous sommes en mesure de l’enrichir constamment. Par conséquent, il est un tiers plus volumineux qu’il l’était au départ.

Le projet Orlando réunit 30 000 personnages historiques à lui seul. Comment vous y prenez-vous pour faciliter la navigation dans une masse de données aussi colossale?
Pour faciliter la navigation dans ces données, nous avons mis au point un outil convivial baptisé OViz avec Mike Bauer, de l’Université Western, et les experts de SHARCNET, à l’Université de Guelph. Cet outil permet de visualiser tous les liens intégrés aux données. Par exemple, il est possible de visualiser les connexions associées à un périodique pour en faire ressortir non seulement les liens littéraires, mais aussi l’éventail complet de liens sociaux et politiques. Cela jette un nouvel éclairage sur le passé.

Calcul Canada jouera-t-il un rôle dans la plus grande diffusion de ces données?
Diffuser ces données avec un système Web exigera considérablement de traitement en arrière-plan ainsi qu’un traitement préalable. L’aide de Calcul Canada nous sera précieuse à mesure que nous nous enfonçons dans ces jeux plus volumineux de données. Elle nous a été très profitable lors de l’élaboration du prototype, ainsi que pour du stockage de réserve externe pour les données engendrées par la plateforme de recherche en ligne (cwrc.ca) que nous bâtissons. J’espère que le secteur des humanités numériques pourra également faire appel à Calcul Canada pour héberger ces services Web qu’utiliseront abondamment les chercheurs et pour lesquels on aura besoin d’un site stable sur lequel fonctionneront les outils.

À peine 42 des 8 200 chercheurs qui ont recouru à Calcul Canada l’an dernier venaient des sciences humaines. Pensez-vous que leur nombre va augmenter?
Sans aucun doute. Calcul Canada compte maintenant cinq experts en humanités numériques. Ils s’avéreront d’une aide inestimable pour convaincre d’autres chercheurs de recourir à ces ressources informatiques. Nous pourrons consulter des experts qui comprendront le type de logiciels et d’aide dont nous avons besoin. Ils pourront aussi rejoindre les chercheurs des sciences sociales qui ignoraient l’existence de ressources en calcul informatique de pointe. Cela s’avérera excellent non seulement pour la recherche, mais aussi pour apprendre à un tas d’étudiants à exploiter ces outils. En outre, dans maints domaines, on assiste à une expansion de la demande pour des employés qui combinent l’expérience technique et les talents d’analyse et de critique qu’inculquent des études en sciences humaines.

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