Pourquoi ces femmes font carrière en CIP

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De gauche à droite: Lesley Shannon, Lucille De Haitre, Gráinne McElroy et Megan Meredith-Lobay

Le visage du calcul informatique de pointe se modifie. Cette année, plus de femmes ont pris part à la conférence de Calcul Canada, comme déléguées ou conférencières, que jamais auparavant.

Cette participation féminine élevée coïncide avec le lancement le 19 juin de la section canadienne du réseau Women in High Performance Computing (WHPC) à l’iconique Galerie d’art de l’Alberta, au centre-ville d’Edmonton. Le partenariat entre Calcul Canada et l’organisation britannique WHPC vise à accroitre la représentation des femmes dans le domaine du calcul informatique de pointe tout en aidant le Canada à répondre à la demande croissante de travailleurs qualifiés en CHP et en analyse de données dans de nombreux secteurs de l’industrie.

Des douzaines de femmes et d’hommes ont participé à la réception de réseautage qui donnait le coup d’envoi de la conférence CANHEIT |HPSC de cette année. De brèves allocutions de femmes-chefs de file dans le secteur du CHP canadien ont également été présentées lors du lancement du WHPC.

Ces femmes n’avaient pas eu l’intention de faire carrière en informatique. Elles envisageaient cette discipline, et les TI en général, comme un domaine ennuyant, dominé par les hommes et où l’on trouve très peu de mentors féminins. Elles se voyaient plutôt devenir actrices, comptables ou même archéologues. Leurs aspirations étaient variées, mais elles ont en commun deux importants traits de caractère : leur aptitude pour les mathématiques et leur motivation à utiliser leur savoir-faire pour rendre le monde meilleur.

Rencontrons quelques-unes de ces femmes qui ont découvert la puissance du CIP pour transformer la recherche, les affaires et la société.

 

Le parcours de Lucille vers le CHP
Profil : Lucille De Haître
Diplôme : B.A. en économique et informatique, Université Laurentienne
Premier choix de carrière : Comptabilité
Aujourd’hui : Directrice régionale des ventes pour l’ouest du Canada, Groupe Lenovo Ltée

« J’ai fréquenté l’école de commerce de l’Université York (Schulich School of Business) où j’ai étudié l’économique et l’informatique, mais sans cartes à perforer ni programmation. À quoi ces compétences m’auraient-elles servi? Je voulais devenir comptable. »

Il s’avère que Lucille avait un don pour la vente et pour percevoir la façon dont les TI, particulièrement le CHP, pouvaient améliorer l’efficacité et la productivité des entreprises et des organismes du secteur public.

Elle a commencé sa carrière en 1990 à la division des systèmes informatisés de Toshiba du Canada comme directrice nationale des ventes à la clientèle industrielle et au gouvernement fédéral. Forte de cette expérience, elle a par la suite accepté des postes supérieurs dans les ventes au sein de plusieurs entreprises de haute technologie, dont Lexmark Canada, BEA Systems, SAP Canada et AMD inc. Lucille est arrivée en 2013 à IBM Canada où son expérience dans la vente d’applications et de matériel lui a été fort utile pour mettre la haute performance d’IBM au service de ses clients.

« IBM a vu mon expérience dans la vente d’application et de matériel et m’a invitée à me joindre à son équipe. C’est là que j’ai eu le plaisir de m’occuper de nos amis de Calcul Québec, de l’Université McGill et de Bombardier et que j’ai commencé à découvrir la valeur du calcul informatique de pointe. »

Lorsque l’entreprise multinationale de technologie Lenovo a acheté la division Système X d’IBM à l’automne 2014, Lucille est demeurée avec la nouvelle entreprise en tant que principale spécialiste en vente de CHP en Amérique du Nord. Son esprit d’équipe et son talent de motivatrice se sont révélés très précieux pour le développement d’alliances stratégiques et la gestion des comptes pour les secteurs publics et d’entreprises, y compris les gouvernements fédéral et provinciaux dans l’est du Canada. Elle occupe, depuis le 1er juillet, le poste de directrice régionale des ventes pour l’ouest du Canada.

« Tout est dans le cheminement. À partir du moment où vous commencez vos études universitaires, vous devez rester ouvertes aux occasions et aux options qui peuvent se présenter. Je ne m’attendais pas à me retrouver dans le calcul haute performance, mais c’est là que mon parcours m’a mené et cela s’est avéré une carrière fantastique. »

 

Le parcours de Meagan vers le CHP
Profil : Megan Meredith-Lobay
Diplôme : Ph. D. en archéologie, University of Cambridge
Premier choix de carrière : Archéologie écossaise médiévale
Aujourd’hui : Analyste en sciences sociales et sciences humaines numériques pour le calcul informatique de pointe à l’Université de la Colombie-Britannique; membre du réseau WHPC Canada

« À la fin de mes études de doctorat, je me suis rendu compte que je ne trouverais sans doute pas de travail en archéologie écossaise dans un avenir rapproché. Cela m’a donné un coup : comment allais-je pouvoir réussir en quoi que ce soit après avoir passé dix ans à l’université à étudier pour devenir archéologue? Ce que je ne comprenais pas alors était que l’on acquiert toute une gamme de compétences pendant notre formation universitaire qui peuvent nous ouvrir la voie vers des trajectoires de carrières très intéressantes. Pour moi, aboutir en CHP était vraiment inattendu. »

Megan connaissait bien l’importance grandissante de l’informatique pour les recherches en sciences humaines et sociales. Pendant ses années universitaires, elle avait fait grand usage d’une variété de ressources informatiques, dont les systèmes d’information géographiques, les bases de données et les programmes d’illustration par ordinateur pour étudier les paysages rituels de la fin de l’âge du fer en Écosse.

« J’ai découvert que j’étais capable d’exploiter les compétences que j’ai développées au cours de mes études doctorales pour profiter d’une ouverture à l’Université de l’Alberta, en 2008, pour la gestion du département de calcul intensif de la faculté des arts. Je n’avais jamais entendu parler de “sciences humaines numériques” auparavant. »

Meagan est rapidement devenue experte dans cette nouvelle discipline. À la suite de son poste à l’Université de l’Alberta, elle a occupé celui de coordonnatrice du programme de recherches sociales numériques à l’Université d’Oxford où les TIC sont utilisées pour la gestion d’une quinzaine de nœuds de recherche et de projets en sciences sociales dans tout le Royaume-Uni.

En novembre 2015, elle est de retour au Canada en tant qu’analyste pour le CIP en sciences humaines et sociales numériques à l’Université de la Colombie-Britannique, travaillant avec les chercheurs pour les aider à tirer parti des ressources en calcul informatique de pointe. Elle aide également d’autres spécialistes du CHP, « ceux qui sont plus habitués à travailler dans les domaines scientifiques traditionnels comme la physique, la chimie et les sciences de la vie », à saisir les besoins particuliers des chercheurs en sciences humaines numériques.

« Les sciences humaines numériques englobent un panorama de disciplines et de domaines, de l’archéologie à la musicologie numérique. Par conséquent, il faut avoir l’esprit agile pour apprendre à soutenir les chercheurs, connaitre les tendances importantes de leurs domaines et comprendre leurs données et leurs considérations méthodologiques. »

Son conseil aux jeunes femmes qui sont encore à l’université :  « Considérez l’ensemble de vos compétences, au-delà de la discipline que vous étudiez. Je suis très heureuse d’avoir trouvé ce parcours de carrière très gratifiant qui me permet de participer à des recherches dans des domaines dont je ne connaissais même pas l’existence. »

 

Le parcours de Lesley vers le CHP
Profil : Lesley Shannon
Diplôme : Ph. D. en sciences appliquées, Université de Toronto
Premier choix de carrière : Rédactrice
Aujourd’hui : Professeur agrégée à l’école des sciences du génie (School of Engineering Science) de l’Université Simon-Fraser (SFU); titulaire de la chaire pour les femmes en sciences et en génie du CRSNG (Colombie-Britannique et Yukon); conseillère des étudiants pour les femmes en génie, en sciences et en technologie (WEST) de la SFU

« Je suis la personne la moins faite pour être ingénieure que vous puissiez rencontrer. Je n’ai aucun concept du temps, de l’espace, de la distance ou du poids. Je ne joue à aucun jeu vidéo et, lorsque je suis entrée à l’université, je ne savais même pas ce qu’était une invite de commande. »

Considérant sa passion pour la musique, l’histoire et les arts, il n’est pas surprenant que les enseignants bien intentionnés de Lesley l’aient aiguillée vers la littérature. Toutefois, le conseiller en orientation de son école secondaire a également reconnu ses aptitudes en mathématique et en physique et l’a encouragée à participer au programme Shad Valley, d’une durée d’un mois, dans lequel les étudiants explorent la science, la technologie, le génie et les mathématiques. Cette expérience lui a procuré la confiance nécessaire pour s’inscrire au baccalauréat en génie électrique et informatique à l’Université du Nouveau-Brunswick même si elle n’avait jamais suivi de cours de programmation.

Aujourd’hui, Lesley est spécialiste des architectures hétérogènes et reconfigurables qui utilisent des modèles informatiques non traditionnels pour des applications dans un éventail de domaines, dont la robotique, l’apprentissage automatique, les systèmes biomédical et aérospatial, les applications multimédias et l’infonuagique. Elle est également titulaire de la chaire pour les femmes en sciences et en génie du CRSNG (Colombie-Britannique et Yukon) qui fonctionne sous le nom de Westcoast Women in Science, Engineering and Technology (WWEST).

Dans les prochaines années, WWEST compte travailler auprès des parents et des enseignants ainsi que des institutions d’enseignement postsecondaire afin de les amener à modifier leur manière de décrire aux étudiants les possibilités de carrière et les programmes d’études en informatique.

« Je désire changer la façon dont on parle du génie et de l’informatique; j’aimerais qu’on utilise une langue qui soit plus inclusive pour les femmes. » Plutôt que d’expliquer aux étudiants que le génie peut permettre d’améliorer un système d’exploitation grâce à un processeur plus rapide, elle préfère qu’on leur parle des applications « super géniales » qui montrent comment la technologie peut résoudre des problèmes concrets pour aider la société.

« Je ne savais pas, par exemple, que le traitement numérique du signal est la pierre angulaire technologique et mathématique du mouvement et de la musique, deux choses qui me passionnent. J’ai aussi découvert que je peux appliquer ce que je sais pour concevoir un système de caméra qui va permettre de comprendre pourquoi les kangourous creusent des trous dans les terrains de golf en Australie. Ce sont des applications comme celles-là, concernant la vraie vie, qui vont inspirer les femmes, éveiller leur intérêt et celui des autres étudiants. »

On peut lire ici la récente publication de Lesley sur la langue et la mixité.

 

Le parcours de Gráinne vers le CHP
Profil : Gráinne McElroy
Diplôme : M.Sc. en transport, Imperial College London
Premier choix de carrière : Actrice
Aujourd’hui : Responsable des technologies de l’information, Université Royal Roads

« Ayant grandi en Irlande dans les années 1970, je ne percevais pas le génie comme une option intéressante pour une femme. Par contre, j’ai eu une enseignante de maths perspicace qui m’a fait passer en mathématiques avancées en onzième année. Je n’étais pas tellement contente parce que je pensais que j’allais étudier le théâtre et devenir actrice. »

Un a plus tard, la même enseignante a encouragé Gráinne à participer à une conférence sur le génie, ce qui l’a motivée à faire un baccalauréat en génie civil à l’University College Dublin, puis une maitrise en modélisation mathématique. Peu de temps après l’obtention de son diplôme, elle a travaillé pour une firme de consultants en génie qui effectuait de la modélisation de réseaux et de systèmes de transport, dont l’Eurotunnel.

Cette expérience lui a permis de décrocher un poste dans une entreprise de brassage, comme analyste en logistique, avant de faire un saut non planifié vers les TI grâce à un coup de pouce de la responsable des technologies de l’information.

« J’avais besoin d’encouragement de la part des personnes qui m’entouraient. L’une des plus grandes erreurs que l’on fait dans la société, en général, c’est de croire que les filles ne peuvent pas faire de mathématiques avancées et que les femmes n’ont pas suffisamment l’esprit technique.»

« Dans mon cas, ce ne sont pas spécifiquement les mathématiques ni le génie qui m’ont inspirée dans mon choix de carrière. C’est plutôt ma curiosité pour le monde qui m’entoure, son fonctionnement et la façon dont on peut l’améliorer. »

Cargill, l’une des plus grandes entreprises agricoles, a certainement accordé de la valeur à son expérience. Depuis ses humbles débuts comme spécialiste en soutien informatique, Gráinne a rapidement gravi les échelons pendant sa carrière de 20 ans avec l’entreprise. Elle y a entre autres occupé les postes de directrice de la sécurité informatique, de responsable des concentrateurs d’infrastructure et de gestionnaire des comptes internationaux. En janvier 2016, elle est entrée à l’Université Royal Roads pour y devenir la première (?) femme responsable des technologies de l’information. Dans ses temps libres, elle collabore au développement d’une stratégie d’apprentissage informatisé pour l’University of St. Michael’s College à Victoria en C.-B.

« Je dois les occasions favorables qui ont jalonné ma carrière à des mentors. Si vous avez eu du succès en technologie, que vous soyez un homme ou une femme, gardez l’œil ouvert pour la prochaine génération et encouragez-la à s’épanouir. On ne reçoit pas assez d’encouragement, surtout lorsqu’on est une jeune femme en technologie. »

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