Vers une meilleure gestion du bruit

Stephane Moreau

Anglais

Stéphane Moreau étudie l’acoustique de la propulsion pour minimiser les risques pour la santé

Stéphane Moreau décrit ses domaines de recherche comme étant l’étude des « systèmes de transport et de ventilation », mais il admet qu’en fait, il est véritablement un technicien du son. Sa recherche porte sur l’acoustique de la propulsion dans les systèmes de ventilation et les aéronefs, y compris les trains d’atterrissage et les dispositifs hypersustentateurs.

Comme il le dit lui-même, son objectif est de minimiser le bruit que créent ces systèmes tout en leur permettant de continuer à fonctionner adéquatement.

« Je propose des modèles qui peuvent simplifier le bruit », dit-il, de son bureau du Département de génie mécanique de l’Université de Sherbrooke. « Tout commence par des simulations détaillées afin que je puisse mieux comprendre les bruits qui proviennent des systèmes de propulsion et de ventilation, que ce soient des systèmes de climatisation, de refroidissement de moteurs, ou de tous types de ventilateurs de refroidissement, qu’ils soient utilisés dans les ordinateurs, les véhicules automobiles ou même les trains ».

Le bruit et les maladies cardiaques

Pourquoi mène-t-il cette recherche? Le bruit provenant de ces systèmes devient de plus en plus nuisant dans les environnements urbains et il pose un problème de santé, dit-il. « Si l’on est exposé à trop de bruit pendant trop longtemps, le risque de maladies cardiaques augmente sensiblement, mais il baisse si l’on procède à une réduction du bruit. »

Une récente étude publiée dans la revue savante Occupational and Environmental Medicine a permis de découvrir que les personnes souffrant de « perte auditive bilatérale en haute fréquence » avaient deux fois plus de risques de développer des maladies cardiaques. Cette recherche renforçait ainsi ce qu’une précédente étude sur l’exposition aux bruits avait identifié.

Selon le chercheur, ces risques élevés pourraient s’appliquer à des personnes vivant près des aéroports, aux voyageurs de commerce et à quiconque travaille près de systèmes bruyants.

« Dans les grandes villes, les aéroports sont installés de plus en plus près des régions urbaines, dit-il, et c’est pourquoi de plus en plus de gens sont exposés aux bruits. »

Autres questions de société

Il existe d’autres ramifications sociétales entourant le bruit puisque pour autant que ces systèmes aident à résoudre certains problèmes, ils finissent par en causer eux aussi.

« Les pompiers utilisent de plus en plus de ventilateurs pour retirer la fumée des sites d’incendie dans le but de sauver des vies. Toutefois, le bruit de ces ventilateurs cause parfois des problèmes de communication, ce qui ralentit leur travail », dit-il. Dans un environnement idéal, déclare le chercheur, ces ventilateurs pourraient fonctionner en faisant moins de bruit.

En fait, sa recherche l’amène à trouver des façons pour minimiser l’instabilité des débits de propulsion qui, en retour, réduit le bruit des moteurs et des turbines.

Besoins en puissance de calcul

Pour ce faire, il se sert de la grande puissance de calcul de l’infrastructure numérique canadienne.

« Si l’on veut vraiment comprendre d’où vient tout ce bruit, il faut procéder à d’énormes simulations », dit-il. « Par exemple, si l’on souhaite simuler l’interaction entre un rotor et un stator [des composants des systèmes électromagnétiques des moteurs à induction, des générateurs et des alternateurs], il faut résoudre tous les petits détails du débit de propulsion. Il faut ainsi procéder à des calculs intensifs et pour cela, avoir recours à des appareils très puissants. »

Selon lui, Calcul Canada, qui regroupe et fournit de grands systèmes de calcul informatique au pays, « est une véritable puissance dans ce domaine, car si on n’effectue pas ce type de simulations, on ne pourra qu’élaborer des preuves indirectes de ce qui se passe, mais on n’obtiendra jamais vraiment une image complète. »

Détenant une maîtrise de l’École nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace, en France, et un doctorat de l’Université Stanford, Stéphane Moreau a commencé ses études en effectuant des simulations aérodynamiques avant de devenir ingénieur dans le domaine de l’automobile et de travailler sur des systèmes d’anti-refroidissement à Paris.

« J’ai conçu les grands ventilateurs installés sur le devant des automobiles il y a près de 20 ans lorsque je travaillais sur des systèmes de refroidissement pour un fournisseur de la firme Daimler. » 

En 2008, lors du krach financier, au moment où le secteur de l’automobile est passé en mode « hibernation », il a décidé de changer de domaine.

« Comme je ne suis pas un ours », ajoute-t-il en riant, « et qu’il ne se passait pas grand-chose dans l’industrie automobile, j’ai décidé d’aller voir ailleurs. Beaucoup d’universitaires ont communiqué avec moi, et comme l’Université de Sherbrooke offrait ce que je recherchais, j’ai décidé de partir pour le Canada puisque les laboratoires de l’Université me permettaient de construire ma propre soufflerie acoustique. »

Il a failli choisir l’Université Notre-Dame-du-Lac, dans l’Indiana, mais son choix s’est finalement arrêté sur Sherbrooke parce que sa famille parle français. À son arrivée, l’accent québécois s’est bien avéré un défi pour ce Parisien, mais aujourd’hui, comme le font les appareils sur lesquels il travaille quotidiennement, il s’est parfaitement bien ajusté.

Par Jennifer Campbell

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